Il est frappant de constater que l’ombre dépasse souvent la stature de celui qui la crée. Non parce qu’elle ment, mais parce qu’elle révèle autrement. L’ombre amplifie, déforme, suggère. Elle ne montre pas ce que nous sommes, mais ce que nous pourrions être, ou ce que nous n’osons pas encore regarder.
Dans le langage symbolique, l’ombre n’est pas l’ennemie de la lumière. Elle en est la conséquence directe. Là où il y a de la lumière, il y a nécessairement une ombre. Autrement dit, plus la lumière intérieure est forte, plus l’ombre projetée peut sembler imposante.
L’ombre n’est pas le mal.
Nous avons longtemps appris à nous méfier de nos zones d’ombre, à les cacher, à les corriger, parfois à les combattre. Pourtant, l’ombre n’est pas faite uniquement de peurs, de colères ou de blessures. Elle contient aussi :
- des élans refoulés,
- des talents non exprimés,
- une puissance contenue,
- des désirs jugés illégitimes,
- une liberté encore inexplorée.
Ce qui est relégué dans l’ombre ne disparaît pas. Cela attend. Et souvent, cela grandit.
Pourquoi l’ombre paraît-elle plus grande que nous ?
Parce que nous nous définissons fréquemment par une version réduite de nous-mêmes. Nous apprenons à être acceptables avant d’être vrais. Nous devenons lisibles, cohérents, rassurants. Pendant ce temps, tout ce qui déborde, tout ce qui ne rentre pas dans le cadre, se projette ailleurs.
L’ombre devient alors le réceptacle de notre potentiel non autorisé.
Elle paraît immense non parce qu’elle nous domine, mais parce que nous avons rapetissé notre image consciente.
Intégrer l’ombre, c’est récupérer de l’énergie.
Chaque part de soi rejetée demande de l’énergie pour être maintenue à distance. Intégrer l’ombre ne signifie pas tout exprimer sans discernement, mais reconnaître ce qui est déjà là.
Lorsque l’ombre est regardée avec lucidité et responsabilité :
- la peur se transforme en discernement,
- la colère en puissance d’action,
- la sensibilité en intelligence fine,
- le doute en humilité créatrice.
L’ombre cesse alors d’être une menace. Elle devient une réserve.
De l’ombre à la verticalité.
L’ombre est longue lorsque le soleil est bas. Plus on se rapproche du zénith, plus elle se raccourcit. Cela ne veut pas dire qu’elle disparaît, mais qu’elle se réintègre à la forme.
Grandir, intérieurement, ce n’est pas éliminer l’ombre.
C’est se tenir suffisamment droit pour ne plus en être effrayé.
Ainsi, lorsque l’homme assume sa pleine stature, l’ombre cesse d’être plus grande que lui. Elle devient son ancrage, sa profondeur, sa densité.
L’ombre n’est pas ce qui nous empêche d’avancer.
Elle est souvent ce qui nous indique où se trouve notre vraie grandeur.
